Bordeaux : "Chahuts" souffle sa 30e bougie pour prendre la parole et la partager, et habiter la ville autrement

Entre impromptu artistique, conte, conférence gesticulée, débat, slam, lecture, théâtre, poésie, chanson et autres déambulations sauvages, une édition anniversaire qui mélange les genres avec appétit et sensibilité.


30 ans, c'est l'âge de la maturité, mais c'est aussi celui du renouvellement des formes, de la recherche, pour créer toujours plus d'occasions de tisser des liens.

Une situation sanitaire qui pousse à inventer, un Presque "Chahuts du jeudi 10 au dimanche 20 juin 2021, un format porteur de sens, où “faire festival” ne se limite pas à programmer des spectacles, mais se vit comme une aventure collective, qui embarque tous ceux qui le souhaitent, où le récit urbain se vit sous différentes formes, plus en porosité avec la ville et son quotidien. Un rendez-vous convivial et décalé, avec une programmation transversale autour de spectacles surprenants, parfois grinçants, souvent impertinents.

▶️ PAR LES MOTS, RENDRE VISIBLE L'INVISIBLE

La programmation continue à explorer l'invisible, ce qui se dérobe à nos yeux, et à produire, par une parole incarnée, des images mentales, des réflexions, des émotions.

Le projet emblématique de cet anniversaire est sans aucun doute Légendes, une installation monumentale déployée du Marché des Capucins à la flèche Saint-Michel, qui se propose de commémorer, non pas des gens célèbres et des évènements importants, mais des gens inconnus et des faits ordinaires. Faire apparaître l’invisible à la surface de la ville, et légender le quartier d’une multitude d'histoires intimes ou personnelles.

Autre invitation remarquable, dans le cadre d'une carte blanche proposée par la Saison culturelle de la Ville de Bordeaux : "Les Souffeurs - commandos poétiques". Cette compagnie artistique, d'envergure internationale, chuchotera des secrets poétiques et philosophiques dans les oreilles des habitants qu'ils rencontrent à l'aide de cannes creuses. Ils opposent ainsi à l'incertitude générale du signalement la posture provocante de la tendresse.

Pour poétiser la ville, nous avons le plaisir d'accueillir Souk, une autre histoire du Maghreb, de Dalila Boitaud, mais également Mathias Forge et Yoann Coste, qui L'air de rien, viennent nous permettre d'écouter la ville autrement.

Le collectif Monts et Merveilles nous offre avec "B. mon Amour", un road movie mélo-historique dans le Petit train touristique de Bordeaux. Et la rencontre avec les espaces naturels de la périphérie n'est pas en reste, avec la résidence de la compagnie bretonne L'instant dissonant, pour sa veillée paysage (L'Ile sans nom) mais aussi avec Thomas Ferrand et ses Balades sauvages, à la rencontre des plantes sauvages comestibles de notre environnement.

Les arts de la parole et du récit seront à l'honneur avec plusieurs artistes : Rachid Akbal et Adèle Zouane qui viennent nous ravir une nouvelle fois de leur verve philosophique et parfois humoristique. Nous accueillons pour la première fois Sofa Teillet avec sa conférence sur la Sexualité des orchidées et Alex Cecchetti, performer italien, qui maîtrise l'art de la rhétorique à tel point qu'il peut faire revivre dans n'importe quel espace les salles du plus célèbre musée du monde : Le Louvre sans le Louvre.

Chahuts, c'est aussi le temps du débat, de la discussion, du militantisme. La slameuse belge Joëlle Sambi débarque pour la première fois avec son flow de mots, de colère et de poésie féministe. Et les maîtres de la conférence gesticulée que sont Franck Lepage et Anthony Pouliquen, ressurgissent avec une nouvelle conférence en forme d'interpellation, Et vous, vous vous sentez cultivés ? Quant à Bernard Friot, avec Je veux décider du travail jusqu'à ma mort, nous explique son expérience et sa théorie sur le salaire à vie.

Les projets participatifs sont au cœur du travail de "Chahuts", ils ont permis pendant toute l'année à des femmes de s'exprimer sur la précarité et l'engagement avec Chœur de Chômeuses, proposé par Mariele Barizol, Dina Khuseyn et Emilie Houdent, sur leur œuvre d'art préférée avec Les Amateurs, initié par Laura Bazalgette, sur Saint-Michel, quartier tant aimé mais pourtant quitté avec NPAI (N'habite plus à l'adresse indiquée) animé par Laurence de la Fuente.

Les enfants, dont la parole est souvent "invisible", sont à l'honneur avec entre autres, le Colloque des enfants, produit par "Chahuts" avec l'école des Menuts et avec Chère Benauge, un projet de Louise Heugel avec les enfants de l'école de la Benauge, sur leur perception de leur quartier.

La programmation ne serait pas complète sans une part belle faite à la musique avec notamment en ouverture du festival un concert de San Salvador, dont les voix et les percussions réchaufferont nos cœurs endoloris. La langue occitane sera à l’honneur également avec le trio Matsutaké qui invite Juliette Minvielle.

Et pour conjurer l'absence de grande fête collective pour les 30 ans, quelques petites surprises sont concoctées, dont par exemple un anniversaire invisible en forme de carte blanche à la GK Collective, dans divers endroits cachés. Histoire de retrouver la joie du rituel, de rire de nos manques et d'inventer, encore et toujours de manières d'être vivants.



En savoir plus : http://www.chahuts.net/


Écoutez Elisabeth Sanson.

Interview réalisée par Frédéric Dussarrat