Le Rocher de Palmer, programmation Septembre à Décembre 2016

Le Rocher de Palmer, programmation Septembre à Décembre 2016

"Nous débutons la 7è saison du Rocher de Palmer dans un climat particulier. Il y a un an, la tuerie du Bataclan, peut-être parce qu’elle a touché un lieu culturel, a marqué les esprits de manière durable : c’est une génération et une mixité à l’image de la France d’aujourd’hui qui se retrouvait balayée. Après l’attentat de Nice, on se rend compte que les choses ont changé : climat agressif, tentation du tout sécuritaire, division de la société, etc. sont en train de prendre le dessus. Est-ce la réponse adaptée ? Certainement pas ! Au lendemain du massacre d’Utoya en Norvège commis par un militant d’extrême droite, le chef du gouvernement norvégien disait qu’il fallait « répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance » (à lire l’édito de Pierre Siankowski dans Les InRocks du 20/07/16). Plus de démocratie, et plus de culture, d’éducation, plus de tout ce qui peut contribuer à développer les individus et non les asservir ou les soumettre. (...)


(...) En tant qu’équipement culturel situé au coeur d’un quartier populaire, le Rocher de Palmer peut et doit jouer un rôle. Au même titre que l’ensemble des équipements culturels de notre pays. Quels types de « saisons culturelles » doit-on construire aujourd’hui ? Pour qui ? Comment ? Se soucier de tous les publics et surtout ceux qui n’ont pas accès aux propositions artistiques, souvent issus de la diversité, voilà la priorité. Avec d’autres salles ou festivals en France et en Europe, nous pensons qu’il est urgent de changer nos pratiques, d’ouvrir nos équipements et nos programmations à l’ensemble des esthétiques musicales et notamment celles des populations d’origine étrangère.

L’un des axes majeurs de la diffusion du Rocher de Palmer est la programmation des musiques du monde. Elle intègre régulièrement cette diversité nécessaire. Cependant, il est essentiel d’aller plus loin aujourd’hui, d’être toujours plus à l’écoute de ces musiques dans leur foisonnement, loin des clichés folkloriques ou essentiellement festifs. De jeunes musiciens en Egypte mélangent musique électronique et sons traditionnels, le rap s’écoute en catimini en Syrie, on assiste à toute une émergence musicale revigorante qui est aussi pleine d’espoir. Pourtant, jouer en Europe n’aura jamais été aussi compliqué pour ces groupes, alors qu’il n’y a jamais eu autant de festivals ! Le paradoxe est là : dans une période où les musiques du monde devraient être diffusées très largement, parce qu’elles font échos aux racines des populations qui vivent avec nous, parce que beaucoup de ces artistes sont prêts à aller sur le terrain, animer des rencontres, intervenir dans les écoles, etc., jamais ces musiques n’ont eu autant de difficultés à intégrer les programmations culturelles et avoir un minimum de visibilité. En témoigne la programmation quasi identique de la plupart des festivals européens, quelles que soient leurs esthétiques musicales !

Notre modèle culturel dont nous sommes si fiers doit être préservé dans ce qu’il implique d’action publique mais repensé dans les missions et cahier des charges quasi absents, qui pourtant, aujourd’hui, devraient être clairement définis, en tenant compte des enjeux de société auxquels nous sommes confrontés. Il en va également de la responsabilité de chaque équipement culturel. En ce qui nous concerne, nous prendrons la nôtre." Patrick Duval, directeur artistique du Rocher de Palmer et de Musiques de Nuit
       
En savoir plus : http://www.lerocherdepalmer.fr


Écoutez Patrick Duval.

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Interview réalisée par Frédéric DUSSARRAT