"Comme une image". L’enfance au XIXème siècle dans les collections du Musée Goupil au Musée d’Aquitaine

Le XIXe siècle est l’époque où l’enfant acquiert définitivement une place à part entière dans la société. Il constitue un public à lui seul : livres, revues, jouets, vêtements sont créés à son usage et il devient lui-même un sujet privilégié pour de nombreux artistes.



Hébergée au musée d’Aquitaine, la collection du musée Goupil se dévoile au public, avec cette exposition sur le thème de l’enfance au XIXe siècle. Composée de 80 estampes, photographies et objets, l’exposition témoigne de cette époque autour des thèmes de la petite enfance et de l’éducation, mais aussi du travail des enfants et des enjeux économiques. Elle fait aussi écho à la place de l’enfant dans notre société du XXIe siècle.

Les « images » reproduites et diffusées par l’éditeur d’art Goupil témoignent du statut de l’enfant et de la famille à cette époque. Pour la société bourgeoise, l’enfant est surtout la promesse d’une promotion sociale : par sa réussite scolaire et professionnelle, il doit témoigner de l’ascension de toute la famille. Les représentations de l’enfance reflètent la réalité du XIXe siècle et en sont un miroir fidèle ; les fillettes jouent à la poupée et à la dînette, les garçonnets se déguisent en petits soldats.


L’EXPOSITION


▶️ LE TOUT-PETIT

Un mot nouveau apparaît en français – celui de bébé qui vient du baby anglais. Il entre dans le langage courant dans la seconde moitié du XIXe siècle avec le succès du livre de Gustave Droz, Monsieur, Madame et Bébé publié en 1866.

La majorité des enfants naissent dans le mariage et l’accouchement se fait à la maison avec très souvent l’assistance d’une sage-femme ou d’un médecin. Accoucher à l’hôpital reste le lot des femmes pauvres ou délaissées.

Après la naissance, l’enfant est baptisé : il est ainsi protégé et intégré dans la société. Le délai de trois jours imposé par l’Église (et repris par le Code civil) est de moins en moins respecté au fil du temps, permettant ainsi à la mère de participer à la cérémonie. L’habitude veut que le bébé reçoive trois prénoms : un de ses parents, un de sa marraine, un de son parrain.

La manière de nourrir son enfant n’est pas nécessairement une affaire de choix mais plutôt de situation sociale. Dans la plupart des cas, l’enfant reste au foyer et sa mère s’en occupe elle-même. Dans

les classes privilégiées, les mondanités empêchent l’allaitement. Le bébé est alors laissé aux bons soins d’une nourrice installée à domicile. Lorsque la mère travaille, il est envoyé à la campagne. En France, une véritable économie « nourricière » se met en place avec des nourrices, des bureaux de placement, des transports, des tarifs…

▶️ L’ÉDUCATION ET L’ENSEIGNEMENT

Dans tous les milieux sociaux, l’éducation du petit enfant est une affaire de femmes. La fillette apprend son futur rôle d’épouse et de mère. Les connaissances jugées utiles varient selon les catégories sociales : ainsi dans les milieux favorisés, la petite fille reçoit un vernis de culture générale, d’arts d’agrément (musique, dessin) et découvre le savoir-vivre et la vie mondaine (bals, réceptions).

L’enseignement religieux est aussi dévolu aux mères : elles apprennent les prières et la charité. La communion solennelle est considérée comme un rite de passage à la fin du catéchisme. En plus de la fête religieuse, elle devient une fête familiale et sociale autour de l’enfant : premier costume des garçons et robe blanche des filles. Tout au long du XIXe siècle, les gouvernements successifs s’efforcent d’améliorer l’enseignement primaire. De la loi Guizot (1833) à la loi Ferry (1882), la France voit s’ouvrir des écoles sur tout son territoire, pour un enseignement gratuit et obligatoire, de la maternelle au certificat d’étude. Longtemps, la concurrence entre l’école publique laïque et l’école privée catholique reste forte.
 
▶️ LE TRAVAIL DES ENFANTS

De nombreux enfants sont mis au travail. L’âge et la durée du labeur évoluent dans le temps pour une amélioration des conditions de vie du jeune travailleur. Dans la société rurale, l’enfant travaille au champ, garde les troupeaux, nourrit les animaux. Les images de Goupil & Cie ne montrent guère la main-d’œuvre enfantine des usines, préférant se tourner vers l’artisanat urbain dans des visions anecdotiques : restaurant, pâtisserie, ramonage… Seul un jeune mineur apparaît sur la lithographie de Bonhommé, un rouleur qui pousse les wagonnets. En revanche, des petits métiers, confinant parfois à la mendicité, sont bien représentés : petits musiciens, montreur d’animaux, chiffonnière… Cette thématique a une portée pédagogique puisqu’elle incite aux gestes charitables.

▶️ LES JEUX ET LES JOUETS

« Le jeu, c’est le travail des enfants » nous dit la pédagogue Pauline Kergomard (1838-1925), qui a inventé les écoles maternelles. Les jouets ne connaissent pas de castes et, plus ou moins sophistiqués, sont présents dans toute la société. Certains demeurent emblématiques du XIXe siècle, comme le cerceau, le polichinelle ou le cheval de bois. D’autres existent encore de nos jours : la bicyclette, les dominos ou encore le hochet qui était déjà l’un des premiers joujoux du tout-petit et l’écrivain Hippolyte Rigault le souligne : « Quel est le premier jouet qu’on met entre leurs mains ? Un hochet. J’en ai vu de charmants en ivoire, en argent, en vermeil, ciselés avec un art exquis » (Les Jouets d’enfants, 1859). Il en est de nombreuses sortes, comme ici, un hochet-sifflet.

Le rôle du jouet est de catégoriser les filles et les garçons pour qu’ils se projettent dans le monde adulte : aux premières, les poupées et les objets ménagers – aux seconds, les armes et les outils.

La poupée est, sans conteste, le jouet le plus courant destiné aux filles. Aux « poupées de mode » des époques précédentes, se substituent peu à peu des poupées au corps d’enfant. La dînette, les objets ménagers, la maison de poupée doivent habituer la fillette à son rôle social d’épouse et de mère.

En parallèle, les garçons reçoivent surtout des petits soldats, des tambours, des panoplies et des armes qui les préparent à leur devoirde citoyens. Cette tendance est d’ailleurs soutenue par le développement de la légende napoléonienne (Haag, Vieux souvenirs) et par l’esprit de revanche après la défaite de la guerre franco-prussienne de 1870 (Rudaux, L’Involontaire d’un an).
 
▶️ LES ENJEUX ÉCONOMIQUES

Noël cristallise bien le nouveau statut de l’enfant dans la société. La fête religieuse devient peu à peu la fête des enfants avec des symboles forts : le sapin décoré venu d’Allemagne et le père Noël qui remplace Saint Nicolas, fêté le 6 décembre. Désormais, les étrennes, cadeaux du Nouvel An, vont s’échanger à Noël : heureusement, le rêve et le plaisir demeurent les mêmes. Cette coutume est un des facteurs déterminants dans l’émergence de nouvelles pratiques commerciales.

L’enfant est considéré, en quelque sorte, comme un consommateur potentiel. Il devient alors la cible et le sujet du commerce et de la « réclame », ancêtre de notre publicité. Pour lui, on fabrique des objets spéciaux : biberons, landaus, nourriture (phosphatine et chocolat en plaquette, par exemple).

L’industrie et le commerce du jouet sont emblématiques de cette évolution. Si la fabrication artisanale et familiale ne disparaît pas, la production en série se développe. Par exemple, en 1867, 800 ouvriers travaillent dans les fabriques parisiennes de poupées. Des boutiques se spécialisent dans la vente des joujoux et les grands magasins y consacrent des rayons spécifiques.

Apparaît aussi la presse enfantine. En 1832 est lancé Le Journal des enfants et, l’année suivante, Le Journal des demoiselles (Boutibonne, Le Journal des demoiselles). La Semaine des enfants publie en feuilletons des romans de la comtesse de Ségur. En même temps, la littérature et les livres pour la jeunesse se multiplient : Jules Verne, Erckmann-Chatrian, Hector Malot... Louis Hachette crée la fameuse « Bibliothèque rose ».

La mode enfantine s’adapte peu à peu. Les petits garçons portent toujours des robes jusque vers 7 ans pour, ensuite, endosser le costume « écossais » ou encore « marin ». Les fillettes ont des tenues proches de celles des femmes mais plus courtes. Néanmoins, avec le temps, les vêtements laissent davantage d’aisance (Rudaux, Les Travailleurs de la mer).

▶️ LA SANTÉ ET L’HYGIÈNE

La santé et l’hygiène sont d’importantes préoccupations de l’époque. Des établissements s’organisent en province et à Paris. Depuis 1824, la congrégation religieuse féminine des sœurs du Bon Secours dispense des soins aux malades à l’hôpital et à domicile. Des dispensaires et des hôpitaux civils accueillent également les enfants malades.
À la fin du XIXe siècle, l’organisation de la Goutte de lait distribue du lait stérilisé aux mères ne pouvant pas allaiter. Elle offre aussi des leçons de puériculture et des médecins auscultent et pèsent les nourrissons.

La médecine prophylactique se développe : après les découvertes de Jenner et de Pasteur, la vaccination se répand sur le territoire. L’école devient le relais des gestes d’hygiène. Les enfants apprennent à se laver les mains, à se peigner et font entrer, peu à peu, ces nouvelles habitudes dans les foyers.


En savoir plus : http://www.musee-aquitaine-bordeaux.fr/


Jusqu'au dimanche 3 janvier 2021.


Écoutez Régine Bigorne.

Interview réalisée par Frédéric Dussarrat


Mise à jour : Jeudi 29 10 2020 I À la suite des annonces du Président de la République le 28 octobre pour lutter contre la pandémie de la Covid-19, le Musée d'Aquitaine ne sera pas en mesure d'accueillir du public à partir de vendredi 30 octobre 2020.