Liberté ! L'éternelle reconquête

Liberté ! L'éternelle reconquête

Gravée au fronton des édifices publics et placée en tête de la devise nationale, solennellement affirmée en 1789 dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la liberté semble une évidence. Pourtant, elle demeure un bien fragile qu’il a fallu conquérir et, parfois, reconquérir.


Une pièce exceptionnelle prêtée par les Archives nationales, la plaque originale de la Déclaration de 1789, visible pendant les 3 premiers mois de l'exposition en donne une vision frappante. Ce texte fondamental de la Révolution française, gravé sur une plaque d’airain en 1792, fut rangé dans un coffre de bois de cèdre pour être placé dans la première pierre de la colonne de la Liberté imaginée sur les ruines de la Bastille. Mais la chute de la monarchie et l’avènement de la Convention en septembre 1792 rend ce texte obsolète : la plaque est pilonnée le 5 mai 1793. Pourtant, elle est conservée, en l’état, et déposée aux Archives nationales « pour l’édification des générations futures ». La déclaration de 1789 réapparaît et éclipse les deux versions postérieures, à telle enseigne qu’elle constitue le fondement de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et le préambule de la Constitution de la Ve République.

Autour de ce symbole unique, les Archives Bordeaux Métropole proposent d’explorer des fragments d’histoire bordelaise de quelques lieux emblématiques de l’espace public. Construits, détruits, malmenés ou préservés, ces monuments témoignent de l’appétence des Bordelais pour la liberté sous toutes ses formes. Le cadre chronologique couvre une large période, de 1789 au début du XXIe siècle.

À partir de la très symbolique Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen est évoqué le contexte révolutionnaire, inscrit dans l’espace public bordelais : attribution de nouveaux noms de rues particulièrement évocateurs, fêtes de la liberté, projets architecturaux ambitieux en lieu et place de l’ancien Fort de la Révolution, le Château Trompette.

L’expression de cette liberté se fait l’écho des changements de régimes politiques et se montre destructrice : du dépeçage de la statue équestre de Louis XV en 1792 à la disparition de la statue de Napoléon III le 4 septembre 1870, jusqu’à la fonte de la statuaire particulièrement imposante de la IIIe République dans les années 1940. Les statues de la Liberté de Bartholdi, de Vercingétorix de Mouly ou du président de la République Sadi Carnot de Barrias sont ainsi sacrifiées. L’emblématique Monument aux Girondins échappe quant à lui à la destruction totale, mais, amputé de ses fontaines en 1943, il fait l’objet d’une restauration d’envergure en 1983.

Cette incarnation vigilante d’une liberté fragile se poursuit encore en ce début du XXIe siècle, du Mémorial de l’Armée des Ombres érigé en 1988 au buste de Toussaint Louverture inauguré le 10 juin 2005… Illustration parfaite d’une éternelle reconquête.

 

Dans le cadre de la saison culturelle "Liberté ! Bordeaux 2019"

En savoir plus : http://archives.bordeaux-metropole.fr


Du lundi 24 juin 2019 au vendredi 24 avril 2020,
Archives Bordeaux Métropole.


Écoutez Jean-Cyril Lopez.

Interview réalisée par Frédéric Dussarrat