¡Mas que palabras Obras!, exposition d’artistes contemporains espagnols

¡Mas que palabras Obras!, exposition d’artistes contemporains espagnols

Conçue par Ignacio Cabrero, commissaire notamment de « Generaciones » à la Casa Encencida de Madrid, cette exposition rassemble pour la première fois sur la totalité de l’Institut Cervantes les œuvres de sept artistes contemporains espagnols, qui appellent une réception libre, active, contradictoire, telles des archives ouvertes.

L’exposition montre notamment les relations entre art et texte, la plasticité d’un terme comme « liberté », mais actionne également via l’art des messages politiques qui se revendiquent de toutes les libertés.


Plus que des mots, des œuvres !

Les liens entre arts et littérature ont toujours été très forts. Avec l’apparition de la presse à imprimer, cette relation entre arts visuels et livre s’est développée, et au XXe siècle, de nombreuses œuvres d’artistes ont été réalisées en collaboration avec des poètes. Depuis 1960, les livres d'artistes ont acquis une identité propre et sont devenus des œuvres d'art en soi. Au-­‐delà du livre d'artiste et de la relation de l'artiste avec les livres et avec la bibliothèque, de nombreux artistes ont utilisé l'écriture et le texte pour lui donner une nouvelle matérialité et en faire un objet artistique: dessins écrits, mots peints, textes sculptures, vidéos narrées, actions textuelles…

Comme les photographies que Cristina de Middle (Alicante, 1975) qu'est allée «caviarder » sur la propagande du Petit Livre rouge de Mao pour sa série Party, jouant sur le double sens du mot en anglais (à la fois parti politique et fête), pour créer ses diptyques avec des images prises lors de son voyage en Chine.
 
Ou la performance que Itziar Okariz (San Sebastián, 1985) a exécutée basée sur la lecture du chapitre 2 du livre Une chambre à soi (1929) de Virginia Wolf (1882-­‐1941), répétée encore et encore, éliminant des éléments à chaque lecture jusqu'à ce que le texte disparaisse complètement. Virginia Woolf révèle dans son travail, au fond, l'évolution de sa pensée féministe par rapport à la littérature. Itziar Okariz démontre la validité et la nécessité du féminisme en tant qu'action libératrice des femmes.

La relation avec la Liberté est aussi mise en question dans l’œuvre centrale de l’exposition, une installation de l’artiste espagnole la plus internationale, Dora García (Valladolid, 1965). Une table recouverte de livres dont le titre, Steal this book, rappelle le célèbre pamphlet de l’activiste américain pour les droits et les libertés Abbie Hoffmann et dont il reprend le titre et le format.

Dans la continuité de son grand projet Archivo F.X. (Fichier FX) sur lequel il travaille depuis des années, est présentée l’œuvre Thésaurus Déplacements que Pedro G. Romero (Aracena, Huelva, 1964) a créée pour l’exposition « Desplazamientos » au Centquatre Paris, en 2010. Onze nouvelles « Feuilles en libre circulation ». Ainsi l’artiste fait dialoguer les textes, les images et l’oeuvre d’onze artistes différents, dans la quête d’une relation directe et tangentielle entre ces éléments.

L'artiste Enric Farrés (Palafrugell, Girona, 1983) a travaillé pendant des années dans une librairie, où il a recueilli de nombreux textes écrits et abandonnes dans les pages des livres. À partir de ces textes, il réalise des installations artistiques ou s’inspire pour mener à bien des projets liés au livre. Le Viatge Frustrat est un projet artistique, dans lequel l'artiste et un collectionneur se lancent dans une aventure maritime, dans le but de refaire le voyage en France de l'écrivain Josep Pla et son ami Hermós, en 1918. Dans un journal intime, la vidéo traite de certains grands thèmes de l’art, tels que les relations entre artiste et collectionneur, entre se laisser aller et prendre la barre. Un autre aspect est le voyage dans un autre pays, dans un autre monde (ici présenté de façon naïve) si important pour la reconnaissance du travail d’un artiste.

Pour l'artiste Javier Peñafiel (Zaragoza, 1964), la dimension corporelle des mots est un élément fondamental. En ce sens, il pourrait s’intéresser à la Grèce antique, où la poésie était un art de la scène, composé en grande partie de courtes compositions interprétées par des solistes ou des chorales accompagnées de musique. Dans Peñafiel, la "performativisation" du texte qui devient physique est un élément indissociable de sa pratique d'écrivain. La vidéo Monologue dans le jardin est le résultat d'une manière de politiser les mots, sans leur enlever leur pouvoir émotionnel.

Librario est le travail que Ruben Ramos (Santiago de Compostela, 1978) propose pour l'exposition, une compilation de ses textes et de ses ouvrages de référence, présentés dans un format de livre d’artiste. Librario est un mot inventé dérivé du mot espagnol libre (libre), librería (librairie) et estantería (étagère). Librificar, l'action de faire un librario, c'est comme construire une maison. Au lieu d'utiliser des briques pour faire des murs, des livres sont assemblés pour créer des pièces. Comme Octavio Paz l'a dit, notre cerveau est un «croisement » de concepts et d'idées» -­ pour voyager à travers les murs (les livres), nous devons exercer notre cerveau pour trouver le trou (la porte) dans le mur (le livre) à travers lequel nous pouvons voir l'autre côté.

En savoir plus : https://burdeos.cervantes.es

 


Du vendredi 21 juin au vendredi 27 septembre 2019,
Institut Cervantes de Bordeaux.


Écoutez Luisa Castro, directrice de l'Institut Cervantes de Bordeaux et Ignacio Cabrero, commissaire de l'exposition.

Interview réalisée par Frédéric Dussarrat