"Milléniales. Peintures 2000 – 2020", expositon au Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA à Bordeaux

Un ensemble d’œuvres qui, sans prétendre à l’exhaustivité, est représen­tatif des évolutions les plus significatives de la peinture depuis ces vingt dernières années.

 

Les œuvres exposées sont le fait d’artistes de toutes les générations confondues. L’adjectif « milléniales » dont il est question dans le titre qualifie les peintures exposées, toutes faites depuis le passage à l’an 2000.

Réunissant une cinquantaine d’artistes, le parcours d’exposition au Frac Nouvelle-Aquitaine se structure autour de plusieurs regroupements destinés à éprouver les genres traditionnels, mais aussi les formats autres que le tableau : Portraits et au­to-portraits (Sylvie Fanchon, Simon Linke, Daan van Golden…) ; La peinture en bâtiment (Flora Moscovici, Sylvain Rousseau, Jessica Stockholder…) ; Privé / public (Sadie Benning, Stephen Felton, John Miller, Michael Scott…) ; Natures mortes (Gaillard & Claude, Ida Tursic & Wilfried Mille…) ; Nature morte – le paysage transformé en scène de crime (Gerald Petit, Bertrand Lavier…) ; Paysages (Damien Mazières, Sarah Morris, Blair Thurman…) et Histoire (Nicolas Milhé, Kelley Walker…).

Désigner ces peintures comme s’il s’agissait de personnes, ou de personnages, permet en premier lieu de souligner à quel point la peinture se démarque de l’objet ordinaire ; qu’elle soit de facture traditionnelle ou intègre des techniques contemporaines, elle demeure l’expression personnelle de son auteur. Tandis que dans le monde des objets industriels, l’individualité du producteur reste anonyme, elle est au contraire mise en avant dans le tableau, qui est souvent perçu comme une incarnation de son auteur. Cette personnalisation permet aussi de structurer de façon ludique les articulations de l’exposition, qui joue avec l’idée de rencontre. Les « dialogues » que cela implique avec les peintures restent bien entendu paradoxaux, même si certaines paraissent s’adresser directement au spectateur par des inscriptions écrites.

Le développement fulgurant des nouveaux médias numériques depuis l’an 2000, a conduit à qualifier ceux qui les ont précédé comme les « anciens », à commencer par la peinture. Considérée dans ce champ numérique élargi, la peinture se définit aujourd’hui dans ses relations à cet environnement digital qu’elle nous aide à percevoir en tant que tel. L’exposition n’est pas une défense du « médium » peinture, mais une revendication de sa place dans une ère post-medium. Certaines oeuvres présentées ne sont d’ailleurs pas à proprement parler des peintures au sens traditionnel, du fait de leur inclusion de techniques mécaniques comme la sérigraphie, l’impression numérique, ou le travail préparatoire en PAO, mais elles se comprennent néanmoins par rapport à son histoire, ses formats et ses fonctions. La peinture contemporaine assume le fait d’être une forme obsolète par rapport aux évolutions techniques qu’elle intègre dans son scénario de production. À l’obsolescence programmée, qui est la règle tacite de la production industrielle, elle oppose sa propre obsolescence manifeste et la promotion du non-nouveau (recyclage des sujets, des formes, des techniques).

En savoir plus : https://fracnouvelleaquitaine-meca.fr/

 


Jusqu'au dimanche 3 janvier 2021.


Écoutez Vincent Pécoil, commissaire de l'expo et l'artiste Flora Moscovici.

Interview réalisée par Frédéric Dussarrat